Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 19:05

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J’étais à Philadelphie par une fine pluie du printemps 1995, arrivé la veille de New York, par l’AMTRAK.

J’arpentais le quartier de Society Hill, où des maisons coloniales et des pavés en macadam fin me situaient à des années-lumière des lourds gratte-ciel du centre. Soudain, une enseigne repeinte à neuf : MAN FULL OF TROUBLE’S TAVERN me rappela que Philadelphie avait vu naître Uriah Phillips Lévy, le plus célèbre Juif américain du XIXème siècle.

150 années après l’arrivée des premiers Juifs d’Espagne en Amérique du Nord, en 1654, après avoir pris une part active à la guerre d’indépendance, la communauté sépharade semblait avoir besoin d’un porte-parole. C’est du moins ce que pensait Uriah Lévy, dès son plus jeune âge : car il n’aimait pas les Juifs timides.

En 1795, la famille où venait de naître Uriah n’était pas des plus fortunées de la ville, bien qu’un ancêtre ait été le médecin du roi Jean V du Portugal, et malgré la présence de George Washington au mariage de son grand-père. Uriah « faisait déjà des vagues » dès ses quatorze ans, lorsqu’il se mit en tête de devenir le premier officier juif de l’US Navy. Il entra à l’Ecole Navale et en sortit avec des états brillants en 1809.

C’est peut-être dans cette même taverne, fermée ce jour-là, qu’Uriah avait eu son premier heurt avec le pouvoir. Fort de sa citoyenneté américaine, il ne prit pas la fuite, comme les autres consommateurs, et se vit enrôler de force par un peloton britannique. En  moins de temps qu’il fallait pour répondre, il se fit traiter de sale juif et se retrouva à bord d’un garde-côte dont il frotta le plancher jusqu’à l’arrivée en Jamaïque, où un officier anglais plus complaisant lui permit de rentrer chez lui en bateau-stop. Rappelons cependant que la Royal Navy, qui servait de modèle à la jeune US Navy, n’avait jamais compté un officier juif dans ses rangs, car l’idée même était impensable.

Dès 1811, Uriah Lévy achetait un bateau, perdu corps et âme aux îles du Cap Vert. Il participa en 1812 à la guerre contre les Anglais, fut capturé par eux et passa seize mois dans la sinistre prison britannique de Dartmoor, où il apprit le français, comme l’escrime, et tenta d’organiser le culte, mais il n’y avait que quatre coreligionnaires…

De retour à Philadelphie, un incident racial aboutit à un duel mortel pour son adversaire et à un énorme scandale public. Il précisa qu’il voulait devenir le premier officier juif, et non le premier juif mort en duel…Une longue controverse lui valut de passer en Cour martiale, la première d’une lignée de six.

L’altercation fut baptisée « tempête dans une tasse de café » suite à un banal incident de mess, qui prit un caractère antisémite. La Cour rejeta le blâme sur les deux parties, mais n’empêcha pas Uriah de demander une promotion ; le 5 mars 1817, le Président Monroe donnait à la Marine son premier lieutenant juif, dont les épaulettes ornèrent un tableau de Thomas Sully, commenté comme « un peu vain, mais assez déterminé ». Mais le début de sa carrière fut difficile : ses anciens collègues recevaient mal ses ordres, ses pairs prenaient leurs distances. Il fut nommé sur un navire  célèbre, l’ »United States », qui avait capturé en 1812 le

« Macedonian », dont il sera question plus loin. Son commandant fit tout pour s’en débarrarasser, mais l’Amiral Stewart le lui imposa et lui permit d’entamer sa nouvelle croisade, contre la peine du fouet, héritée de la Royal Navy. Mais sa toute première tentative lui valut une seconde Cour martiale, et l’interdiction de remonter sur le bateau. Le président Monroe annula la sentence, mais Uriah était déjà impliqué dans une nouvelle dispute, avec un lieutenant antisémite, ce qui lui valut sa troisième Cour martiale et l’expulsion de l’US Navy, au printemps de 1819.

Il disparut pendant deux ans, voyagea en Europe, et en 1821 Monroe décida que cela suffisait et le fit réintégrer, ce qui donna lieu à un article d’un journal de Washington faisant allusion à des amis puissants de la tribu.  L’article était anonyme, mais Uriah trouva vite l’auteur et voulut en découdre. Une quatrième Cour finit par un non-lieu, mais cette fois-ci l’US Navy était décidée à l’excluez, ou du moins l’éloigner

Affecté sur le Cyane, il entra en conflit avec un supérieur, le traduisit en justice et gagna le procès, mais il fut néanmoins mis à l’écart ; en demandant un congé de six mois, on lui signifia un congé illimité.  Lorsqu’il objecta : « C’est parce que je suis Juif, n’est-ce pas ? » on lui répondit : »Oui, Livaï  (prononciation américaine de Lévy), c’est bien cela ».

Libéré de ses charges, Uriah Lévy se consacra d’abord à secouer ses coreligionnaires, qu’il jugeait trop timides, par des cours et par des articles. Il décida aussi de s’enrichir, et y réussit en peu d’années, grâce à la spéculation foncière. Il ne fallait pas être sorcier pour comprendre que New York ne pouvait s’étendre qu’à travers l’île de Manhattan. Après quelques opérations spectaculaires, Uriah Lévy était devenu l’un des hommes les plus riches de la ville.

La mort de Jefferson en 1826 l’avait beaucoup affecté, car il lui vouait une admiration sans limites. En 1833, il demanda au sculpteur français Pierre-Jean David d’Angers, de faire une statue de Jefferson à partir d’un portrait emprunté à Lafayette ; il l’offrit l’année suivante au Congrès des Etats-Unis, qui le refusa d’abord, traitant le geste de « présomptueux », puisqu’il venait de la part d’un simple lieutenant. Elle fut finalement acceptée et placée à côté de celle de Washington., dans la rotonde du Capitole. A ce jour, c’est la seule statue de la Rotonde offerte par un simple citoyen ; on ne peut pas la manquer, à gauche de l’entrée principale, et on peut l’admirer à loisir, en attendant la suite de la visite guidée. A l’encontre de ce que dit Stephen Birmingham dans son livre THE GRANDEES, le guide ne m’a pas tourné le dos lorsque je lui ai demandé qui l’avait offerte, mais il n’a retenu que le grade d’ Uriah Lévy à l’époque du don : « It was given by Lieutenant Livaï »

Il faut préciser que la vraie grandeur de Jefferson ne se trouve pas au Capitole,   mais au Mémorial édifié en 1943 sur la rive du Potomac, pour le bicentenaire de la naissance du philosophe, musicien, architecte, savant, horticulteur, diplomate, inventeur et troisième Président des Etats-Unis, Thomas Jefferson.Mais Uriah Lévy polarisa son admiration pour Jefferson en acquérant  la magnifique maison que le grand homme avait fait construire sur ses plans à Monticello, en Virginie. Sa fille Martha tenta de la conserver après sa mort en 1826, mais dut la mettre en vente en 1828, pour 71000 dollars,  ne trouva acquéreur que pour 7 000, par un excentrique qui voulait y installer un Centre Mondial pour la Culture des Vers de Soie. Uriah Levy l’acheta donc dès 1836, en ruines, avec les cent hectares environnants, pour seulement 2 700 dollars. On lui reprocha longtemps cette « bonne affaire », mais l’essentiel des critiques était axé sur sa condition de «Yankee»

N’en ayant cure, Uriah Lévy en fit sa résidence principale, mais il apprit brusquement, alors qu’il était enfoncé jusqu’au cou dans la restauration de Monticello, que le Président Jackson l’avait fait promouvoir au rang de commandant, après vingt ans de blocage ! Il demanda de suite un poste et se vit assigner un ignoble rafiot, le VandaliaMais dès, dont le délabrement et la basse qualité de l’équipage n’étaient certainement pas fortuits…Cela ne fit pas reculer Uriah Lévy, qui le  restaura à ses frais et lui fit prendre le large en 1839. Parmi d’autres excentricités, il en avait fait peindre les canons en bleu, comme touche personnelle, faisant ensuite  régner à son bord une discipline toute personnelle : ridiculiser un homme aux yeux de ses compagnons pouvait s’avérer plus efficace qu’une peine corporelle. Lorsqu’on lui amena un matelot qui avait singé la voix d’un gradé, il le fit déshabiller, enduire ses fesses de goudron et coller quelques plumes de mouette, avant de l’exposer sur le pont : « Si vous voulez vous comporter comme un perroquet, ayez-en du moins l’apparence » ! Mais dès son retour au port d’attache, Uriah Lévy reçut l’ordre d’abandonner le Vandalia et attendre de nouveaux ordres (sous-entendu : Faites-vous oublier !)

Après plusieurs lettres à l’US Navy, restées sans réponse, Uriah Lévy retourna à Monticello et à ses affaires, qui furent brillantes. Il pensait cependant toujours à la mer, et on peut imaginer sa fureur lorsque, deux ans après son dernier commandement, il fut convoqué devant sa sixième Cour Martiale pour « falsification, lâcheté et conduite scandaleuse » En apparence sérieuses, les accusations ne pesaient pas lourd, mais Uriah fit l’erreur de les déclarer ridicules devant la Cour. L’accusation tînt donc bon, et Uriah fut définitivement expulsé de la Marine.

Une fois de plus, la décision fut cassée par un Président (Tyler, cette fois-ci), qui transforma l’exclusion en suspension et promut Uriah au grade de capitaine ! C’est probablement la statue de Jefferson, placée provisoirement sur le versant Nord de la Maison-Blanche, qui veillait sur une destinée qui avait vu s’y pencher d’autres Présidents. Mais malgré sa promotion, Uriah n’obtint pas d’autre poste et retourna à ses « hobbies », l’abolition de la peine du fouet, votée en 1952, et bien entendu la maison de Monticello, à seulement trois heures de voiture de Washington : il me fallut donc la visiter, à tout prix !

Héritée de son père dès ses 14 ans, Jefferson en avait dressé de nouveaux plans ; fortement influencé par l’architecture néo-classique, il la redessina complètement, avec un dôme octogonal, un fronton grec et les colonnes qui lui donnent encore l’air majestueux. Perchée de surcroît sur une petite montagne d’où l’on découvre toute la Virginie…

Un jeune homme très « politiquement correct » nous en fait l’historique, nous précisant que la demeure était déjà terminée en 1809, lorsque Jefferson quitta le pouvoir après deux mandats de Président. Il avait fait venir de nombreux objets précieux de New York, Londres et Paris. Mais vu la diminution de ses revenus, il fit fabriquer sur place des meubles, par des artisans des environs.

Le jeune homme nous explique ensuite que Jefferson, comme bien de ses pairs, avait un train de vie sans proportions avec ses ressources. A ma question (qui a possédé la maison de 1836 à son rachat par la Fondation ?), le jeune homme ne se dérobe pas, répondant : « le lieutenant Livaï » (ce qu’il était encore), mais en précisant que sa mère était enterrée sur le domaine. Il dit cependant ne pas se souvenir qui avait offert la statue du Capitole…Et lorsque je lui demandai comment Uriah Lévy pouvait entretenir un domaine pareil, il répondit en souriant : « En ne payant pas ses fournisseurs – tout comme Jefferson, d’ailleurs… » En concevant sa maison, Jefferson s’était inspiré de Palladio et l’immeuble de la Légion d’Honneur de Paris, admirée durant son séjour comme Ambassadeur.

En 1853, âgé de 61 ans mais toujours imprévisible, Uriah Lévy décida d’épouser une certaine Virginia Lopez, qui n’en avait que dix-huit et était sa parente à quatorze degrés divers. Pareils mariages consanguins étaient légaux, afin de limiter les mariages mixtes ou avec des ashkénazes . Avec son humour habituel,  Uriah Lévy précisa qu’il contractait ce mariage afin de protéger Virginia, dont le père était mort sans un sou, respectant ainsi la loi juive qui veut que le mâle le plus proche épouse l’orpheline ou la veuve d’une famille.

Le calme de Monticello fut troublé en 1855 par une loi de la Marine, créant un Comité apte à juger les officiers incapables d’assumer leur fonction. Elle visait en fait les « têtes chaudes », dont Uriah Lévy ; il fut donc informé qu’il était rayé des cadres, seize ans après son dernier commandement. Il fit immédiatement appel et s’assura les services d’un avocat célèbre, ancien ministre des présidents Van Buren et Jackson. Ils attaquèrent les décisions du Comité prises à huis clos. En fait, on reprochait à Uriah Lévy :

 - de ne pas avoir gravi les échelons traditionnels ;

-  d’être un adversaire  farouche  des punitions  corporelles

-   d’être Juif.

C’était la première fois qu’un antisémitisme déclaré montrait son visage aux Etats-Unis, alors que l’immigration juive n’avait pas encore atteint l’ampleur de la fin du XIXème siècle.

Douze mois devaient s’écouler avant que l’on permît aux officiers rayés des cadres de se présenter devant une commission d’enquête, première victoire pour Uriah Lévy, qui reconstitua à cet effet une carrière arrêtée depuis 17 ans. Riche et heureux, il aurait pu abandonner, mais il tenait absolument à finir sa vie comme officier d’active. Son avocat avait aussi le sens du spectacle, et ils usèrent tous les moyens pour donner la plus grande résonance à leur action.

Les six cours martiales furent évoquées, mais l’ancienneté des faits en émoussa la portée. Par contre, Uriah Lévy cita une pléiade de personnalités prêtes à témoigner en sa faveur. Les portes du tribunal s’ouvrirent largement pour laisser passer une procession digne d’un film de Cecil B. De Mille : 75 témoins défilèrent à la barre et valurent à Uriah la première page des journaux, des semaines durant. Quarante ans avant la lettre, Uriah Lévy était devenu une sorte de Dreyfus américain – toutes proportions gardées…

Après trois jours de plaidoiries, la Commission déclara Uriah Lévy «moralement, physiquement et professionnellement «apte au commandement», et exigea sa réinscription parmi les cadres de la Marine.

Il reçut sur-le-champ le commande du Macedonian - l’ancienne proie de l’United States  - pour rejoindre la flotte de Méditerranée. Honoré d’accepter, mais toujours imprévisible, Uriah Lévy demanda l’autorisation d’y emmener son épouse, ce qui ne s’était jamais vu. Soucieuse de réparer ses injustices, la Marine donna son accord et Virginia put accompagner son mari dans une sorte de mission croisière,  qui valut au couple de fréquenter les meilleures tables d’Europe et la faveur d’accompagner l’ambassadeur du Royaume de Naples, puis les Rothschild d’Egypte, avec pour sommet un bal à la cour de Napoléon III.

En février 1860, Uriah Lévy est nommé commandant de la flotte de Méditerranée, avec le grade le plus élevé, celui  de Commodore. Mais après ce dernier sommet, ses forces déclinèrent rapidement.

La Guerre de Sécession venait d’éclater et Uriah Lévy, bien que rattaché au camp sudiste par Monticello, annonça son allégeance au Nord et se préparait à combattre lorsqu’une pneumonie l’acheva en mars 1965, à l’âge de 70 ans.

Son dernier vœu  fut la construction sur sa tombe d’une statue« grandeur nature  et valant au moins 6000 dollars. Il légua Monticello au peuple américain, souhaitant que le manoir devienne une école d’agriculture réservée aux orphelins des officiers de marine. Plaisanterie posthume ? pensait-il au prophète Isaïe ?  - De leurs sabres ils feront des socs pour leurs charrues ? - ou, peu probablement, à Mussolini : E l’aratro che lavora la terra, ma é la spada che la difende (c’est la charrue qui laboure la terre, mais c’est l’épée qui la défend)…

Le testament faisait la part belle à la famille, sauf à Virginia, qui ne reçut que le minimum légal. Néanmoins, la famille l’attaqua, car elle voulait s’emparer de Monticello et éviter aussi l’extravagante statue. Après des années de procédure, le manoir revînt à l’un des neveux d’Uriah Lévy, qui s’appelait précisément Jefferson Lévy !  et dépensa énormément pour son entretien, le faisant rester dans la famille jusqu’en 1923, lorsque la Fondation pour la Mémoire de Jefferson l’acheta, pour 500.000 dollars.

Virginia a survécu 60 ans à son mari, jusqu’en 1925. On vit donc mourir, après la guerre de 14-18, la veuve d’un officier qui avait servi pendant la guerre de 1812 ! Elle ne vécut cependant pas assez longtemps pour assister en 1942 au lancement du destroyer Levy, fameux chasseur de sous-marins allemands de l’US Navy. Hommage bien plus approprié que la statue grandeur nature, qui ne fut jamais élevée.

Pour la vieille garde juive, la mort de Uriah Lévy créa de l’embarras. Il était devenu le Juif le plus célèbre des Etats-Unis, et son image controversée ne correspondait pas à celle que les Israélites aimaient donner d’eux-mêmes.

Les Juifs sépharades s’étaient paisiblement intégrés à la vie urbaine américaine et ne tenaient pas à se voir défendus ou encensés bruyamment, préférant se faire remarquer plutôt par la culture, les bonnes manières et les bonnes actions. Il est frappant de remarquer que cette attitude vaut aujourd’hui aux sépharades un rôle dans la vie américaine bien plus effacé que celui auquel ils auraient pu prétendre. Surtout par rapport à celui que devaient prendre les Juifs venus d’Europe Centrale et Orientale, en lesquels Uriah Lévy se serait bien davantage reconnu

Harry Carasso


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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 13:32

LA CITE DES ARTS DE CALATRAVA Valencia, Espagne

 

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Depuis quelques années, la belle ville méditerranéenne de Valencia a ravi à Sevilla le titre de troisième ville d’Espagne, avec une population avoisinant les 750.000 habitants.

Ce rang a été conquis de haute lutte, après le détournement du cours de la rivière Turia, qui débordait chaque hiver, en  inondant la ville.

Dans le lit du fleuve ont été aménagés plusieurs espaces sportifs et de repos, qui donnent à Valencia  une allure tout à fait exceptionnelle.

Il manquait toutefois à la ville, qui s’enorgueillit d’un centre conservant des traces de toutes les civilisations qui ont déferlé sur le pays, une réalisation qui défie l’art moderne, réalisée par l’architecte catalan Santiago Calatrava et son ami Félix Candela. Le premier nous  a gâtés, depuis un certain temps, avec des réalisations audacieuses.

Citons parmi les dernières :

- la gare de Liège, qui a coûté 400 millions d’Euros ;

- le pont de Jérusalem, destiné à enjamber l’autoroute venant de Tel Aviv et servir de     passage entre la ville juive  et les environs arabes ;

- un autre pont à Venise, réalisé pour une bouchée de pain, mais qui est très critiqué

sous prétexte que l’argent aurait mieux servi à consolider des bâtiments qui s’enfoncent ;

- et le projet d’une tour en spirale de plus de 600 mètres, à Chicago.

La caractéristique principale des réalisations de Calatrava est la présence d’un pylône  puissant, soutenant l’ensemble de l’ouvrage par une prise directe sur l’autre rive, à l’aide d’un ensemble de câbles.

Ce détail n’a pas été oublié dans la réalisation de la Cité des Sciences et des Arts, comportant cinq bâtiments époustouflants, dans le lit de la rivière détournée, dans le sens Nord-Ouest-Sud-Est.

Le plus impressionnant est le Palais des Arts de la Reine Sofia, qui a la forme d’un poisson, mais qui semble issu de l’union entre un dinosaure et un dauphin ! Il est doté de l’acoustique la plus perfectionnée d’Europe, n’est pas visitable, mais sert à la représentation d’opéras et de concerts symphoniques. Il est le plus audacieux de tous, et l’on se demande comment il tient en équilibre  sur une base aussi fragile. C’est tout l’art du concepteur, habitué à lancer les défis les plus audacieux.

Le second bâtiment n’est pas le plus original pour son usage, car on le retrouve notamment à la Géode de Paris, construite également pour les projections Imax, comme on en trouve maintenant un peu partout dans le monde ; l’originalité de l’architecte ibérique, c’est de lui avoir donné la forme d’un œil humain, en l’enterrant aux trois quarts et en lui donnant le titre évocateur de HEMISFERIC. On y projette tout un programme de films scientifiques, dont les plus remarquables sont une recherche des sources du Nil, un voyage en Afrique et …des dinosaures ! Le public est composé principalement d’écoliers et de lycéens.

Le troisième abrite le Musée des Sciences du Prince Philippe ; il impressionne par son architecture aux formes insolites, rappelant un condensateur électrique. On y expose les tableaux de tous les prix Nobel de la Science. Ensuite, les visiteurs créent leur propre programme en posant des questions à des machines équipées pour répondre ! On y trouve aussi une Académie de l’Espace et une démonstration de tous les aspects de l’électricité.

A ses côtés, une vaste salle baptisée Umbracle, qui abrite un vaste garage et sert de décharge aux nombreuses manipulations pour le renouvellement des expositions.

Suit un énorme bâtiment à la forme d’une baleine, actuellement en cours de finition.

Le dernier ensemble s’intitule OCEANOGRAFIC et est certainement le plus visité, car de loin le plus spectaculaire. Comme son nom l’indique, il regroupe tous les aspects de la vie sous-marine, avec des aquarii très audacieux –on se glisse dans des habitacles où l’on est entouré des poissons les plus divers ! c’est du déjà vu, comme les trois bassins où une dizaine de maîtres nageurs font faire des merveilles à un ensemble de dauphins ! j’en ai vu ailleurs, mais je leur donne la palme, car je n’ ai jamais vu une entente si parfaite entre humains et poissons !

Par contre, j’ai été un peu déçu par un soi-disant « restaurant sous-marin   , car je me voyais assis dans une salle entourée de poissons de toutes sortes, naviguant au-dessus de nous. On m’avait dit qu’il était possible de désigner son poisson favori  et le retrouver dans son assiette ! c’était une galéjade, car la salle est simplement entourée par une bande d’un demi-mètre d’épaisseur, où des poissons presqu’ identiques naviguent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre…On est sensés réserver son couvert, mais il n’y avait presque personne, les prix étant assez…parisiens !

On trouve dans les bassins des requins et des poissons parfois monstrueux, comme une espèce de cyclope immobile.

Une volière gigantesque abrite toutes sortes d’oiseaux de toutes les couleurs, vivant dans une sorte de symbiose assez étonnante.

En sortant, on est assez étonné de retrouver une reproduction presqu’à l’identique du Pont de Jérusalem.

L’ensemble laisse un peu sur sa faim, car tout n’est pas visitable. On apprend, en outre, que les constructeurs se sont assurés la gestion de l’ensemble, ce qui laisse  rêveur. Mais enfin, cette réalisation étonnante a surtout le mérite d’exister Pour le reste, Calatrava n’a pas fini de nous surprendre !

Harry Carasso


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Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /Mai /2010 19:41

THE HOLOCAUST INDUSTRY

Reflections on thé Exploitation of Jewish Sufferingpar Norman G. Finkelstein, 150 p., Verso, Londres-NewYork 2000

Norman Finkelstein est connu en France pour son livre, L'Allemagne en procès, traduit chez Albin Michel, où il attaque les thèses de Daniel Goldhagen sur la responsabilité collective du peuple allemand.

Sorti récemment, The Holocaust Industry a été largement commenté en Grande-Bretagne, en Suisse et en Allemagne, un peu moins aux Etats-Unis. Thomas Ferenczi en a parlé dans Le Monde du 12 août, se demandant "si les Juifs, aujourd'hui, n'en font pas un peu trop"...

Selon Finkelstein, les Juifs américains ont adopté dès l'après-guerre un profil bas face au massacre des Juifs d'Europe, attitude dictée par " les intérêts et le pouvoir ". Cette attitude a changé complètement après la Guerre des Six Jours, lorsque le nocid des Juife est devenu une industrie destinée à justifier la "politique criminelle" de l'Etat d'Israël, et l'aide apportée par les Etats-Unis à cette politique.

On pourrait se demander si Finkelstein est un négationniste; mais ses deux parents ont été dans le ghetto de Varsovie, et le reste de sa famille a été assassiné.

Dans son premier chapitre, "En capitalisant sur l'holocauste", Finkelstein affirme que les adolescents américains en savent maintenant plus sur cette tragédie que sur la Guerre de Sécession...mais précise qu'en 1961, la publication du livre de Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, n'avait soulevé que peu d'intérêt aux Etats-Unis, les principales organisations juives américaines s'opposant à parler de l'Holocauste, puisque l'Allemagne était devenue un allié crucial des Etats-Unis.

L'American Jewish Committee n'avait aidé Israël lors de sa fondation qu'afin de canaliser vers ce dernier les survivants des camps,redoutant que leur éventuelle émigration aux Etats-Unis n'y fasse accroître l'antisémitisme. Craignant que le sionisme socialiste ne devienne un allié de l'URSS, l'élite juive américaine n'hésita pas à se démarquer des Juifs de gauche. Selon Finkelstein, les Juifsaméricains ne sont devenus sionistes qu'après la Guerre des Six Jours, en découvrant qu'Israël, avec sa formidable machine de guerre, pouvait de venir un puissant allié de la politique américaineau Proche-Orient. Et il fait état des 6000 morts israéliens de la Guerre d'Indépendance - contre 2000 lors de la Guerre du Kippour - en soulignant l'indifférence des Juifs américains pour les premiers.

Selon Finkelstein, les organisations juives américaines pouvaient faire revivre le souvenir de l'Holocauste en 1967, malgré la relève des générations, et en faire servir une arme parfaite pour repousser les critiques contre Israël.

C'est la force prouvée de l'Etat Hébreu, et son alliance avec les Etats-Unis, qui auraient donc conduit ces organisations à mettre au point " l'in­dustrie de l'Holocauste ".

Le second chapitre est intitulé Des imposteurs, des bonimenteurs et de l'Histoire. Le moment, pour Finkel stein, de s'occuper d'Elie Wiesel, "le grand prêtre de la sacralisation de l'Holocauste".

Il est vrai que le personnage énerve Finkelstein lorsqu'il écrit: "les mots sont une approche horizontale, tandis que le silence vous offre une approche verticale, plus profonde". Ce qui ne l'empêche pas, prétend Finkelstein, de se faire payer très cher ses interventions. Mais il a d'autres souffre-douleur, notamment Jerzy Kozinski, Benjamin Wilkomirski et Daniel Goldhagen.

Dans L'Oiseau bariolé, écrit en 1965 " directement en anglais "1 , Kozinski raconte les souvenirs de son errance solitaire en Pologne pendant la guerre 39-452 , en insistant sur les tortures sadiques infligées aux Juifs par les paysans polonais .

Dans Fragments, publié à New York en 1996 et traduit en France chez Calman Lévy, Wilkomirski décrit ses tribulations d'enfant dans lesmêmes circonstances, avant d'apprendre ses origines juives. Mais après que Raul Hilberg lui-même ait mis en doute l'authenticité de Fragments, on découvrit que Wilkomirski s'appelle en réalité Bruno Doessek-ker, n'est pas Juif et a passé toute la guerre en Suisse...

Quant à Goldhagen, Finkelstein écrit: " La preuve historique de l'impulsion meurtrière des Gentils n'existe pas ". A la fin du chapitre,Finkelstein s'étonne de la place octroyée au Mé morial de l'Holocauste, de Washington (en plein quartier historique), en l'absence de tout autre musée "commémorant les crimes de l'histoire des Etats-Unis"... Et il compare à l'Holocauste l'extermination de 500.000 Tziganes par les Nazis, dans "des proportions presqu'égales à celles du génocide juif".

Dans le troisième chapitre, La double secousse, Finkelstein parle d'abord chiffres, en estimant le nombre des rescapés de l'Holocauste non pas à un million, comme prétendu par Israël, mais à 150.000. Il évoque la somme de 60 milliards de dollars versée par l'Allemagne aux Juifs, au titre de réparations en retraçant longuement les accords passés, notamment avec la Claim Conférence, qui affecta une écrasante partie de cet argent non pasaux victimes, mais à la " réhabilita tion des communautés juives " et à la créations de catégories de bénéficiaires " somptuaires ", comme Les Justes de Yad Vashem...Il cite les honoraires exorbitantsperçus par les avocats de la Claim Conférence.

Finkelstein s'étend ensuite longuement sur le cas de la Suisse, qui après son repentir de 1995 a dû payer des sommes colossales à " l'industrie de l'Holocauste ", notamment après l'entrée en lice du Congrès Mondial Juif, " organisation moribonde avant la campagne contre Kurt Waldheim ". Ilraconte en détail comment les ban quiers suisses, après avoir proposé au début 32 millions de dollars pour les 775 comptes " en sommeil ", finirent par accepter de payer 1.25 milliards, mais le Congrès Mondial finit par en encaisser plus de 7.... En précisant que les survivants du Holocauste netouchaient que des sommes dérisoires - comme ses parents, qui ont reçu 3500 dollars, Finkelstein parle longuement des imposteurs, que l'Allemagne a indemnisés en fermant les yeux.

Après l'Allemagne et la Suisse, l'industrie de l'Holocauste s'est tournée vers une nouvelle proie: les pays de l'Est qui, après avoir secoué le joug de la défunte URSS, se voient poursuivis pour les crimes commis sur leur territoire par les Allemands, avec l'accord et l'aide des gouvernements fascistes. Finkelstein semble oublier que certains de ces pays étaient occupés par l'Axe; les cas de la Roumanie et de la Bulgarie sont plus compliqués, vu la géométrie variable de leurs fron tières. Mais il faudrait être de très mauvaise foi pour croire l'industrie de l'Holocauste, si elle existait, assez sotte pour exiger de l'argent à des gouvernements au bord de la faillite...Néanmoins, pareille littérature suffit à faire ressusciter dans ces pays un antisémitisme qui ne demande que de l'huile pour attiser son feu...

Afin de " promouvoir la résurrection de la vie juive en Pologne ", l'Organi sation Mondiale Juive de Restitution demande des réparations pour les pro priétés communautaires juives; vu le nombre de Juifs vivant actuellement en Pologne (6000), faut-il reconstruire une synagogue ou une école pourchaque Juif polonais? écrit Finkelstein.

Les républiques ex-soviétiques ne font pas exception: le Belarus se voit ainsi demander des réparations pour lès-Juifs tués par les Allemands (le revenu moyen d'un Belarusse est de 100 dol lars par mois).Mais afin de forcer les gouvernements récalcitrants à payer, l'industrie de l'Holocauste exige que des compensations pour la Shoah figurent en bonne place parmi les conditions d'une admission dans les diverses organisations européennes.

Avant de finir, Finkelstein écrit: " l'industrie de l'Holocauste est devenue folle-furieuse ", sans se rendre compte que son livre a pris le même chemin. Mais il est clair, pour lui, que si Israël n'avait plus la faveur des Etats-Unis, beaucoup de " sionistes " s'en détourneront " et c'est ainsi que des Juifs conduiront d'autres Juifs vers la mort, comme lors de la révolte du Ghetto de Varsovie".

Et il termine par une phrase apparemment éloquente:

" Le geste le plus noble vis-à-vis de ceux qui ont péri, c'est de préserver leur mémoire, d'apprendre à travers leur souffrance et de les laisser, finalement, reposer en paix ",

En semblant encourager ceux qui écrivent - en filigrane - que "seuls les morts ont la parole..." Finkelstein franchit la ligne jaune qui le séparait des négationnistes. Après la lecture de ce livre, assez court mais mal construit, on peut se demander pour quelle raison Norman G. Finkelstein (qui n'emploie jamais le mot "Shoah") écrit bien "Holocauste" avec un H majuscule, mais s'évertue à le "minusculariser" dans "holocauste Nazi"; son explication (Nazi holocaust signale l'événement historique, Holocaust étant sa représentation idéologique) n'est pas convaincante.

Harry Carasso

1.  Faux, selon NF

2.  Selon NF, il a passé la guerre avec ses parents

3.  Des paysans ont caché la famille Kozinski, toujours selon NF.


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